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Mardi 27 novembre 2007

ÉCOLOGIE • A céder : forêts pour protéger la planète
A quelques jours de la réunion de Bali sur le réchauffement climatique, la Guyana propose au Royaume-Uni de créer un organisme de gestion de sa forêt tropicale. L'objectif est de permettre au pays de se développer tout en préservant ce capital indispensable au bien-être du climat.

Le réchauffement climatique lié aux activités humaines constitue un danger indéniable et immédiat. Des décideurs venus de toute la planète se réuniront à Bali à partir du 3 décembre pour tenter de trouver des solutions à ce problème. La Guyana, ancienne Guyane britannique coincée entre le Brésil et le Venezuela, compte moins de 1 million d'habitants mais abrite une forêt tropicale préservée plus vaste que l'Angleterre. Dans un geste exemplaire, le gouvernement de ce pays se dit prêt à confier la gestion de la totalité de ses forêts à un organisme international placé sous égide britannique, en échange d'un accord bilatéral par lequel le Royaume-Uni s'engagerait à apporter une aide au développement et une assistance technique pour faire de la Guyana une économie respectueuse de l'environnement.
Pour le Royaume-Uni, il s'agit d'une occasion de compenser ses émissions de CO2 de manière "morale", estime le président de la Guyana, Bharrat Jagdeo. "Nous pouvons utiliser la forêt pour lutter contre le réchauffement climatique sans que cela n'entrave le développement économique de la Guyana." Economiste de formation, le président Jagdeo n'envisage pas une aide à long terme de la part des contribuables britanniques, mais Londres pourrait apporter son soutien à l'investissement privé par le biais des marchés des droits d'émission. "Cela permettrait d'envoyer un message fort à réunion de Bali et de dire que les forêts ont leur importance", ajoute Bharrat Jagdeo. La forêt tropicale de la réserve d'Iwokrama, dans le centre de la Guyana a été citée comme un exemple de ce qui pourrait être fait à l'échelle du pays. Cette réserve de 1 million d'acres [4 046 kilomètres carrés] a été désignée en 1989 par le Commonwealth comme un modèle de gestion des forêts tropicales, profitable sur les plans écologique et économique. Sur place, les scientifiques estiment que cette forêt absorbe près de 120 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent des émissions annuelles du Royaume-Uni. Selon David Singh, responsable exécutif à Iwokrama, l'offre de la Guyana doit être prise au sérieux. "Quand un Etat souverain fait un tel geste, le monde doit y prêter attention. Aucun autre pays n'est prêt à confier ses forêts à la communauté internationale pour les protéger", souligne-t-il.

La destruction accélérée des forêts tropicales qui agissent comme une zone de refroidissement le long de l'équateur a été reconnue comme étant l'un des principaux facteurs du réchauffement climatique. La déforestation en milieu tropical représente un cinquième du total des émissions de CO2, soit autant que l'ensemble du secteur des transports. La Guyana est le seul pays anglophone d'Amérique du Sud. De par son histoire dans le commerce du sucre et ses liens avec les Caraïbes, le développement du pays s'est concentré sur les côtes. Ce territoire presque aussi grand que le Royaume-Uni ne compte que 750 000 habitants et abrite des forêts denses, riches en faune et en flore. Mais la flambée du prix du bois et de l'or, exploités dans les zones forestières, menace la forêt. Un projet brésilien de construction de route à travers la forêt tropicale pourrait transformer Georgetown, la capitale de la Guyana, en port de commerce important et bouleverser la configuration du pays. "Peut-être devrions-nous simplement abattre les arbres, alors les gens verraient mieux le problème. Mais je veux croire qu'il est possible de répondre aux aspirations de notre peuple tout en sauvant les arbres", affirme le président Jagdeo.
                                       Daniel Howden The Independent

par Raymond chaumont publié dans : larapede
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