INGRID BETANCOURT OTAGE PARMIS LES OTAGES
Bernard Leduc Radio Canada
Ex candidate à la présidence de la Colombie, prisonnière de la guérilla depuis plus de six ans, Ingrid Betancourt est revenue à
l'avant-scène de l'actualité entre l'automne 2007 et le printemps 2008.
Un temps, sa possible libération a mobilisé les élites politiques françaises et vénézuéliennes, décidées à profiter d'une apparente
ouverture, tant du côté des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) que de Bogota.
L'occasion semble passée: la méfiance entre ennemis a repris ses droits. L'histoire de cette Franco-colombienne, otage parmi les
otages d'un conflit fratricide qui dure depuis 40 ans, a échoué une nouvelle fois à trouver son dénouement.
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Ingrid Betancourt naît en Colombie, le 25 décembre 1961. Sa jeunesse se partage entre Bogota et Paris, où elle étudie à l'Institut
d'Études politiques au milieu des années 80.
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Elle se marie en 1981, devient mère de deux enfants. En 1990, elle divorce et part s'installer, seule, à Bogota, où elle obtient un
poste de conseillère auprès du ministre des Finances, puis du ministre du Commerce extérieur.
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Elle se lance en politique et est élue députée en 1994, sous la bannière libérale.
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En 1998, elle crée son propre parti, Oxygène, et est élue au Sénat. Elle est candidate à la présidence sous la bannière de ce parti
en vue des élections de mai 2002.
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Le 23 février 2002, elle et sa directrice de campagne Clara Rojas sont enlevées par les FARC pendant la campagne présidentielle.Une
première preuve de vie est fournie dans une vidéo remise par les FARC le 23 juillet 2002. Une seconde vidéo suit le 30 août 2003.
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Après un long silence, une vidéo et une lettre à sa mère sont rendues publiques le 30 novembre 2007.
Quand commence l'histoire d'Ingrid Betancourt?
Pour l'aventure, en janvier 1990, alors que fille de la haute élevée en France par ses parents colombiens, elle débarque à Bogota afin
de laisser libre cours à son idéalisme politique. Pour la tragédie, le 23 février 2002, à quelques mois des présidentielles, avec son enlèvement par les Forces armées révolutionnaires de Colombie
(FARC). Pour le rêve, 1971, lorsqu'âgée d'à peine dix ans, cachée sous le piano à queue de ses parents à Paris, elle écoutait les artistes et politiciens de passage parler de cette Colombie à
laquelle, un jour, elle sacrifiera tout, y compris son mari et ses enfants.
Pour la Colombie, le 30 novembre 2007, avec cette lettre adressée à sa mère et saisie par les forces gouvernementales en même temps
qu'une vidéo, où le désespoir semble à fleur de peau parmi quelques sursauts d'espoir, des mots d'amour pour ses proches, à son pays.
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Moi, j'aspire à ce qu'un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour
atteindre le soleil. — Extrait de la lettre, traduit par le Comité de soutien à Ingrid Betancourt
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Un destin colombien
Jusqu'à cet instant, la politicienne franco-colombienne avait été plus populaire en France qu'en Colombie, grâce à un comité de
soutien bien branché sur les milieux politiques. Or, avec ce message, les Colombiens ont cette fois, devant eux, non plus la jeune idéaliste pétrie de beaux principes forgés à l'étranger, mais
une femme marquée à jamais par un destin proprement colombien.
Selon un sondage publié en mars 2008 par l'hebdomadaire El Tiempo, le plus important quotidien du pays, Ingrid Betancourt
est, avec 71 % d'opinions favorables, la personnalité politique la plus populaire en Colombie après le président Alvaro Uribe.
L'impression est renforcée par le témoignage de Luis Eladio Pérez, un parlementaire qui fut son compagnon d'infortune dans les geôles
à ciel ouvert des FARC. Libéré avec trois autres otages en février dernier, il témoigne alors de la force de caractère d'Ingrid Betancourt, que traduit avec éloquence leur spectaculaire tentative
d'évasion: cinq jours de cavale dans la jungle, poursuivis par plusieurs centaines de guérilleros.
Ingrid, désormais fille de son pays. Comme elle le rêvait, mais sur un mode cauchemardesque. Un cauchemar peuplé de fantômes dont elle
est devenue l'emblème. Car derrière cet enlèvement unique se cachent des milliers d'autres, perpétrés au cours des vingt dernières années tant par les guérilleros que par des bandits de grand
chemin. Les seuls FARC détiendraient encore 750 otages, dont 39 issus de la classe politique.
Puis, derrière ces enlèvements, au moins 70 000 civils tués, victimes du conflit interne qui oppose depuis des lustres les forces
gouvernementales et les paramilitaires aux FARC, mais aussi aux guérilleros de l'ELN (Ejército de Liberación Nacional ou Armée de libération nationale).
Femme politique
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Photo: AFP/STR
Ingrid Betancourt pendant la campagne présidentielle de 1998
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La Colombie de 2008 n'est certes plus celle qu'Ingrid Betancourt a quittée six ans plus tôt pour ses limbes. Les paramilitaires ont
été démobilisés, les forces gouvernementales sont repassées à l'offensive contre les FARC, avec un certain succès, grâce notamment à leurs hélicoptères Black Hawk et leurs avions Super Tucano.
Les assassinats de syndicalistes ont quelque peu décru en nombre.
Mais la corruption de la classe politique, le narcotrafic et les inégalités sociales, qui avaient déterminé son entrée en politique en
1994 sous la bannière libérale, puis la fondation du parti Oxygène, sont toujours aussi présents. Le 24 avril 2008, l'ex-sénateur Mario Uribe, cousin du président, est allé rejoindre en prison
quelque 30 autres parlementaires, écroués depuis 2007 pour leurs liens présumés avec des paramilitaires recyclés dans le trafic de la drogue et l'organisation d'élections.
Ironiquement, ce n'est qu'à la toute fin de ses huit années en politique qu'Ingrid Betancourt s'est intéressée aux FARC et que,
déterminée à forcer le destin, elle s'est jetée dans la gueule du loup. Pourquoi, à trois mois des élections présidentielles de mai 2002, s'est-elle rendue, malgré tous les avertissements, à San
Vicente de Caguan, lieu des défuntes négociations de paix?
Selon Luis Eladio Pérez, si Ingrid Betancourt est libérée, elle sera un jour présidente de la Colombie. Il avance qu'elle a développé
en détention une vision des principaux enjeux qui permet d'envisager la pacification du pays. Le tout passerait notamment par une solution négociée avec les FARC, affront à la ligne dure défendue
par Alvaro Uribe, depuis l'échec de son prédécesseur Andrès Pastrana.
Toujours l'attente
Mais cette libération aura-t-elle lieu? Après un crescendo dans les négociations qui a culminé avec la libération de plusieurs otages
en janvier 2008, dont sa collaboratrice de toujours Clara Rojas, les espoirs suscités par l'intervention conjointe de la France et du Venezuela dans les relations entre Bogota et la guérilla
marxiste se sont réduits comme peau de chagrin.
La mort du numéro deux des FARC Raul Reyes, tué le 1er mars 2008 dans un raid mené par l'armée colombienne sur son repaire équatorien,
paraît avoir repoussé sine die des discussions qui, assure la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, allaient jusqu'ici rondement. Le 8 avril, le Falcon 50 envoyé cinq jours plus tôt par la France
pour recueillir une Ingrid Betancourt que la rumeur voulait mal en point revient bredouille. Les prétentions de Paris de forcer la main des FARC par ce coup médiatique auront été vite rabattues
par un bref communiqué des guérilleros, attribuant au passage à Uribe la responsabilité de l'échec.
La méfiance semble avoir repris ses droits entre les ennemis de toujours. Elle rend bien illusoire le projet caressé par Paris et
Caracas d'obtenir des guérilleros sa libération contre celle de centaines des leurs, détenus dans les geôles colombiennes.
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